La nuit furibonde

Parti à la poursuite d’une menace inexistante, d’un rendez-vous caché par le temps fini, ravigoré de ses idées rassurantes mais noires, d’une musique infinie divisée par le néant.

Tels furent les mots qu’il eût lu, n’eût été de la plèbe indignée lui barrant l’avenir, le ramenant au passé sans histoire, toujours rassurant, mais si circonscrit. Baillant dans son coude, il s’en fût, traînant derrière lui une ribambelle de riens biens ficelés.

Au loin on le vit, rassuré par sa peine et son futur antérieur, ramasser des cailloux pour en faire un tirage, innommable présage de son retrait imminent. Sous cette apparence bohème malsaine, rien de plus que ce qu’on pouvait imaginer sans douleur, sans frémir sous le rire impitoyable du soleil.

Quant à nous, indignes spectateurs de cette mascarade inexplicable, de cet assemblage hétéroclite de dires abstraits, lorsque le temps vînt, la nuit furibonde se glissa maladroitement au-dessus de nos pieds, les gardant au chaud d’une couette magistrale.

Jasmin

J’aurai aimé redire l’absence
D’un état secondaire au temps
J’aurai haï ignorer ta présence
Ébloui de ton passage miroitant.

J’aurai pensé voir au-delà
De la source infinie de ton rêve
J’aurai vu acheter celui qui appela
Du mot immortel, un chant s’élève.

J’aurai voulu renverser la vapeur
Du doux matin froid et ridicule
J’aurai rêvé prendre le dessus de ma peur
Du temps qui jamais ne recule.

J’aurai dû refaire mon courage
Du quotidien aux ailes délabrées
J’aurai pu accepter enfin le mirage
De ce court instant, heureux mais sabré.

Cinq

Cinq ans bientôt, vite toujours
Et parfois lent, à oublier
Que sera fait de nous liés
Sans équivoque vit le jour

Pour le meilleur et pour le pire
Le beau fut là, pire non omis
Y survécûmes, comme promis
Mais le meilleur reste à venir

Tout se sent comme au jour premier
Et mieux encore, on évolue
Aucun regret du dévolu
Du vœu encor’ renouvelé

Mots semblant ne rien vouloir dire
C’est l’habitude, n’ai pas changé
Tu comprends tout sans déranger
Les mots n’en auront rien à fuir

À cette perle du doux jardin

À cette perle du doux jardin
Ce coquillage en plein matin
Un rubis éclatant en sanglots
Des écailles ils en ont plein le dos

Baguée comme une hirondelle
S’échappant de mimi sans collier
La parure qui parût telle
Qu’elle en sortait du joaillier

D’un or massif mais si léger
Au diamant gracieux scintillant
Lune opaline, ciel accueillant
Péridot [(Mg,Fe)­2SiO4] pouvant protéger

. . .

Dans le jardin pousse un glaïeul
Qui dicte sa fidélité
Aux feuilles l’or de tilleul
Qui ne voir Mars qu’en plein été.

Tendance

Je voudrais de ce jour que tu me sois si chère
Que je ne puisse pas passer minute sans toi
Que je sois pour toi autant moins que l’hier
Qui ne vaut pas la peine d’en être ignoré.

Il n’est rien que puisse bouger cette idée
Avant tout cet amour qu’on ne peut définir
Cet amour vérité et qui n’est tant rien autre
Avancé d’ici-bas rendu là entre nous.

Cet accès si fragile qui devra durer
Enforci de volonté et de ce désir
Si promis entre nous une union sans un doute
Ceci peut signifier l’avenir et la route.

Jamais je n’aurai de cesse à t’aimer.

Brise

Trois pas sur le ciment craquelé
Avec de petites sandales à talons hauts
Le vent qui souffle dans ses oreilles
Elle entend le bruit du monde.

Un type passe
Ce doit être un type bien
Il promène son chien… beau chien
Se dit-elle.

Des mots passent dans ses yeux
Sans fin
Fondant sous la chaleur
De l’ombre fraîche.

Bien des reflets métalliques
Parsèment la rue à toute vitesse
Elle attend peut-être quelqu’un
Un type bien aussi sans doute.

Le vent pousse une canette vide
Lui fait penser à
Sa vie avant
Un jour.

Discernement

Un grand frisson me parcourt
Mais je n’ai pas froid
Mon souffle se fait profond
Je ne respire plus.

J’ai une crampe dans la jambe
Ah, ça fait du bien
Une douce musique
Qui me crie dans la tête.

D’une vérité qui blesse
Ou un pieux mensonge
D’une parole célébrant
Un silence de mort.

Je dors profondément
Les yeux grand ouverts
Quelconque lumière ne peut rien
Contre cette noirceur.

D’un trou si profond
En surface
J’en suis sorti, enfin
À mon grand désarroi.

Solitude

Perdu dans la ville
Perdu dans la foule
Nulle compagnie dans
Cette multitude mouvante.

La quête éternelle pour
Se mettre sous la dent
Quelque trognon
Suppliant dans l’ignorance.

Ceux-ci vont
Déplacement continu
Toujours moins lent
Jamais plus de temps.

Quelques sous de plus
Dans sons chapeau il va
Ailleurs pour être
Seul parmi d’autres millions.

Procès

Je n’aurai jamais su quoi dire
En quête du bien de ma vie
De quelles choses à bannir
De quoi je peux dire ravi.

Cette réponse que donnai
À celui-là qui est le juge
Encore ce fut plus qu’assez
Que de fierté mais qui me gruge.

Quelques ratés dans le parcours
Peut-être rien sur le trajet
Que suis-je au fond de cette cour
Bien sûr je ne suis pas parfait.

Peu de défense m’est utile
Je peux assumer ce que j’ai
Choisi de faire du facile
Mais j’ai toujours pu avancer.

Progression

Trop peu de mots déboulent, séchant à la source
Tout est ardu je crois, quant à savoir pourquoi
Y a-t-il un mélange du fond de la bourse
Quand ma tête est ailleurs rien n’est tiré de moi.

Et ce sac étant vide, si peu est produit
Rendu tant dépressif c’est assez retenu
Que je change la teinte du style qui fuit
Couleur qui vire au vert; progression si menue.

D’une addition soudaine, élément perturbé
C’est la boucle sans fin que ne pourra sortir
De ça de bonnes choses qu’il a absorbées
La fatigue de nuit l’empêche de dormir.

Qu’est ce qui manquera à ce dieu sans pouvoir
D’un écrit inutile si vide de sens
Il pourra chercher à retrouver le savoir
Tel est l’homme idéal: avant de dire, il pense.